Rechercher
  • L'équipe du Cheeta

Combat au sol, grappling et survie au sol

Autant que je me souvienne, j'ai toujours aimé le grappling et le combat au sol. Je parles bien ici de combat au sol et non de survie au sol comme on l'enseigne classiquement au systema.
Souvenirs d'un sol avec Gauthier, du Do-in

La nuance est de taille : dans la survie au sol, le propos est de se relever le plus rapidement possible (dans une situation urbaine, le sol représente fréquemment une option à éviter compte tenu du nombre de facteurs immaitrisables tels que le nombre d'agresseurs, la présence d'armes chez ces derniers ou simplement des... cailloux et autres bouts de verres sur le sol etc.) alors que dans le combat au sol il est question de soumettre (le plus souvent) l'autre pratiquant(e). 

Je tache, néanmoins, de consacrer une partie régulière des cours à ce que l'on serait simplement en droit d’appeler du grappling, ce qui ne manque pas de faire lever quelques sourcils chez certains amis pratiquants de Systema. Certains s'y mettent et y prennent tres vite gout. D'autres y voient une forme de sacrilège... Mais cela laisse rarement indifférent.

Lors de divers cours ou séminaires, il n'est d'ailleurs pas rare que j'aille "jouer" au sol avec quelques amis lorsqu'il me reste un peu d'energie. Nous ne sommes jamais que de grands singes (surtout au Cheeta Martial Art... ) et ce type de dialogue des corps renvoie à une forme d'instinct naturel présent en chacun de nous et dispose, je le crois et le constate, de nombreuses vertus. Outre le fait que cette pratique resserre les liens sur le plan humain (de nombreuses études montrent l'impact hormonal d'un toucher physique prolongé, quel qu'en soit sa nature), j'ai constaté qu'elle aguerrissait de facon tres satisfaisante les pratiquants qui s'y adonnaient.

- Nous y travaillons une forme de cardio et ce de façon souvent plus ludique que la plupart des exercices habituels. - Le grappling permet de mesurer de façon tres concrète notre capacité à gérer notre souffle et la stabilité de notre psychisme face un contact à la fois viril, réaliste et relativement sans danger. - Il augmente sensiblement la mobilité au sol et permet d'en comprendre l'importance et ce en quelques séances à peine. - Il diminue aussi la peur du sol et rend donc plus serein debout. - Il permet de débusquer certains fantasmes de "toute puissance" et de les confronter à une saine opposition mesurée. Etc.


Cependant, nous travaillons, la plupart du temps, dans le cadre de la méthodologie du Systema c'est à dire que la qualité du processus prime sur le résultat. J’observe, qu'avec les années, ce type de travail se transforme. Ainsi, chez les vieilles ceintures noires de Jujitsu bresilien et de Lutta Livre qui, deviennent petit à petit indifférentes à la joie facile de soumettre un opposant, trouvent une facon de travailler plus fine, demandant, à l'instar de l'opéra, du jazz ou de la lecture de certains philosophes, une certaine forme de "tenue", d'éducation pour être appréciée.

Ainsi nous ne "sautons" que rarement vers une soumission rapide, la qualité d'un processus progressif permettant au cerveau de conscientiser les enjeux, les problématiques, les dilemmes de chaque positions ce qui, à moyen terme, est bien plus riche d'enseignements qu'un combat de coq (qui devient vite statistiquement traumatisant au fur et a mesure des années) (il suffit d'observer le nombre de bandages et autres hernies discales chez les pratiquants de grappling sportif pour s'en convaincre).

Alors bien sur, comme toute pratique en Systema, il nous parait capital de ne pas faire l'économie d'une pratique virile et rapide...Sporadiquement. Simplement pour en vérifier l'applicabilité (Emmanuel Manolakakis parles d'un ratio de 95/5%...). 

Comme un de nos objectifs est l'application en self défense, nous avons fait le choix de délaisser, au Cheeta Martial Arts, les positions provenant d'une logique compétitive du jujitsu brésilien 2.0 qui sont souvent inapplicable dans un combat de percussion (et à fortiori dans une lutte au sol avec armes sorties ou cachées, morsures et autres joyeusetés martialement correctes). Le grappling des origines gardaient toujours à l'esprit la présence de frappe: nous tachons de faire de même, afin de faciliter, ensuite, le transfert de compétence vers la "survie au sol" du systema qui s'en retrouve bien vite améliorée.

En effet, il est bien plus formateur de survivre face à un grappler expérimenté que face à un néophyte comme c'est, hélas, trop souvent le cas dans de nombreux cours de Systema !

Je sais que certains ont tentés d'appliquer le même type de raisonnement au combat de percussion debout. Apres m'y etre essayé, j'ai du reconnaitre que l'isomorphie n'y était pas aussi pertinente. Cela tient, il semblerait, à un facteur tres simple : s'il est relativement aisé de refuser un combat debout, cela est nettement plus difficile au sol... 

Debout, dans le cadre d'échanges pieds/poings, la distance peut varier très facilement (que ce soit dans le sens d'un désengagement ou d'un rapprochement, il suffit d'observer les combats de boxe professionnelle, ou d'autres combats moins orthodoxes), il est ainsi plus pertinent d'apprendre à gérer ce facteur distance (et les facteurs connexes : stabilité du psychisme, rythme, cadence etc). Cela suffit amplement à développer une compétence permettant de ne pas "boxer" un "boxeur".

J'ai, avec les années, le regret de constater que de nombreux professeurs semblent ne pas avoir saisi cette nuance importante et développent consciemment (ou non) une sorte de MMA/Systema basé sur le combat accepté. Si cela peut constituer une recherche tres intéressante (qui m'a moi meme passionné pendant un temps), cela ne relève plus, il me semble, du Systema, si tant est qu'il y en est une seule et unique définition ! Ce postulat est en effet extrêmement discutable et les changements de pratique de Vladimir Vasiliev et Mikhail Ryabko nous rappellent qu'une pratique tient plus du processus dynamique auto-actualisée que de l'idée pure platonicienne.

Cependant, au Cheeta Martial Art, nous assumons ce postulat simple : la self défense n'est pas du combat accepté. Cela n'implique donc pas l’absence totale d'exercices de combats acceptés, simplement ces éventuels exercices de combat ne sont qu'un moyen, une passerelle méthodologique vers autre chose et certainement pas le but recherché.



0 vue