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  • L'équipe du Cheeta

Le cercle et l'identification



Beaucoup d’entre nous ont commencé les arts martiaux après nous être identifiés à un ou plusieurs héros de films ou de séries.

Selon les générations, qu'il s'agisse de Docteur Justice, de Judo Boy, ou de Bruce Lee, Steven Seagal, Chuck Norris, Jackie Chan, Marc Dacascos, Tony Jaa, ou Yuri Boyka (un fort bel athlète que je vous invite à découvrir si vous ne le connaissez pas).

Une fois poussée la porte de notre dojo, ce processus identificatoire se répète inlassablement avec notre instructeur, les maitres untel ou unetelle, voire quelques sempais/anciens...


Ce processus psychique d'identification (transe hypnotique d'identification, appelons un chat un chat) deumeure primordial dans l'acquisition de connaissances martiales par l'apprenant.

En observant les "sachant" et par mimétisme, le cerveau utilise ses neurones miroirs, modélise les points clés des mouvements à reproduire et se les approprie ainsi petit à petit.


Après quelques années, il sera question de les appliquer avec une dose croissante d'incertitudes au cours de randoris, combats, sparrings, scénarios de self défense...Bref dans une pratique plus libre où de nouvelles difficultés apparaitront, il sera alors temps de se libérer partiellement de ces modèles pour commencer à trouver sa propre façon d'envisager les choses.


Cela a généralement lieu autour du 2 eme dan dans les systèmes japonais courants, en jujitsu brésilien c'est autour de la transition entre la ceinture violette et la ceinture marron que ce processus s'enclenche...Si l'on croit aux grades comme marqueurs de la progression.

Petit à petit l'adepte voit son discernement augmenter et sa capacité à prendre ce qu'il a à prendre et à laisser ce qu'il a à laisser.


En théorie.


Fort est de constater que certains apprenants peuvent ainsi "rester coincés" dans des transes d'identification toute leur vie durant et s’éteindre après plus de 50 ans de pratique sans jamais s’être affranchi de l'image du Maitre tandis que d'autres sauront faire preuve de discernement des leur 4eme  ou 5eme cours.


Nous ne sommes donc pas égaux quand à ce processus identificatoire.


Au cheeta martial arts nous essayons de rendre chaque élève le plus conscient possible de ce qui se joue, tant au niveau personnel, qu'à celui de l'enseignement éleve/professeur, qu'au niveau de la dynamique de groupe .

Cela n'est pas toujours possible bien sur, parfois ces transes sont les pierres angulaires du développement d'un psychisme et l’ôter pourrait faire s’effondrer l'ensemble ce qui n'est pas précisément le but recherché.

Le cerveau et le système nerveux restent de ce point de vue admirablement conçus puisqu'il ne permettront que très difficilement l'extraction de la dite pierre...Et tant mieux.

Cela n'a aucune importance et il nous semble fondamental de laisser le temps à chaque apprenant pour se réaliser lui même, dans sa vie comme dans sa pratique, nous ne faisons pas une course de vitesse.

Ce focus mit sur la conscience implique généralement à court moyen ou long terme d'importants changements au sein du psychisme et l'acquisition d'une plus grande liberté intérieure et d'une baisse drastique de l'agressivité tout en augmentant ses capacités à y faire face.


Il n'est pas rare que cela puisse être inconfortable, ce sera même indispensable.


En écrivant ceci, les termes "Embrace the Sucks" de notre instructeur et ami Sonny Puzikas nous reviennent en mémoire.

Ces difficultés seront en effet incontournables même si c'est le propre d'une bonne méthodologie et d'un bon encadrement de permettre qu'elles soient traversées aussi souplement et aussi aisément que possible.


De ce point de vue, l'exercice du "cercle" prend alors une toute autre mesure.

Malheureusement trop souvent réduit à un ensemble de remerciements convenus et attendus ou d'expression de joie débordante (deux notions à ne pas exclure cependant), le cercle permet le partage du franchissement de ces différents obstacles. Le récit de leur intégration fournit aux autres pratiquants de véritables "tranches de vie" propices à une profonde méditation sur eux même, accélérant encore leur processus.


Dans la plupart des arts martiaux asiatique, l'idée demeure pendant les 20 ans premières années au bas mot de copier une forme et de se mettre de coté; comme me l'enseignerent certains de nos professeurs : "shut up and train".

Nous avons la chance de disposer d'une méthode adaptée à notre mode de pensée occidentale, non punitive pour le Soi mais proposant de le cadrer, de l'encadrer et de l'accompagner dans son développement en harmonie avec son environnement. Ce que propose Vladimir quand il dit qu'il "enseigne pour la vie, pas pour la mort".

Le cercle reste l'exercice le plus riche de ce point de vue mais hélas, trop souvent, une certaine forme de pression sociale s'y observe encore et ne permet pas l'expression libre des émotions.


Il faut dire que cette expression n'est pas encore communément admise dans nos sociétés ailleurs que dans certaines petites "poches" ignorées du plus grand nombre.

Or c'est bien l’expression de ce que nous ressentons au plus profond de nous qui nous permet d'assumer ce que nous sommes et de ne plus courir dans les traces de quelqu'un d'autre sur la route du Soi (clin d’œil à mes amis Parisiens).

Dans un monde complexe comme le notre personne ne peut prétendre tout réinventer seul et nous n'avons pas d'autres choix que de nous inspirer de ceux qui nous ont précédés.


Mais s'inspirer et copier restent deux notions bien distinctes.


Un minuscule détail les séparent.


C'est Vous.

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